Yuki [INTERVIEW]

Rencontre avec la dj parisienne Yuki oscillant entre Techno et House. Une dj à surveiller de près !


 

Quel est ton parcours ?

J’ai eu un intérêt pour les musiques électroniques depuis mes études supérieures. Mes potes avaient un background musical différent des uns et des autres. Si certains jouaient du jazz, d’autres faisaient de la minimal, ou de la drum ‘n’ bass… J’ai découvert tout ça avec une approche festive. C’est seulement à partir du moment où je suis rentrée dans la vie active que j’ai commencé à aller dans des clubs, à découvrir des soirées au Rex, au Batofar. Je me suis aussi intéressée au travail du dj. J’imaginais des enchaînements… Cela m’a poussé ensuite à acheter des platines pour faire des mix.

J’ai commencé par de la drum’n’bass puis de l’électro-house pour m’orienter vers la techno. C’était essentiellement des mix même si je commence à produire. J’ai mixé pendant 4 ou 5 ans avant de me lancer. J’ai démarché. Cela s’est fait grâce au bouche-à-oreille.

Où as-tu déjà mixé ?

J’ai mixé avec Radio Marais, avec le collectif Exploration, sur la terrasse du Batofar, à La Rotonde-Stalingrad, au Café Léopard, au Panic Room, au Nüba, à une soirée Syndrom, mais aussi à La Suite à Brest.

J’ai également participé au LAB Festival cette année, où je suis arrivée finaliste. J’ai eu l’occasion de jouer au Badaboum dans le cadre de ce tremplin, j’en garde un très bon souvenir !

 

Quelles sont tes prochaines envies de dj-set ?

A l’heure actuelle, je cherche surtout à m’exporter en-dehors de Paris. On me contacte de plus en plus pour jouer ailleurs : j’ai déjà pu jouer à Brest, et on m’invite prochainement à Toulouse. Et bien-sûr, j’aimerais jouer à l’étranger ! C’est intéressant de changer de lieu, et donc de public. Chaque public réagit différemment : soit ça se passe très bien dès le début et c’est agréable, soit c’est le contraire et il faut savoir s’y adapter. C’est enrichissant.

Que penses-tu de la place des femmes artistes, dj et productrices dans les musiques électroniques ?

Je pense que c’est un milieu tellement masculin que c’est dur d’y percer. Mais en même temps je pense que c’est important d’être une femme. La sexualisation n’est pas nécessaire pour réussir. Mais la concurrence est telle qu’il faut se démarquer. Chacune utilise ce qu’elle veut utiliser.

Concernant les sets de quelques dj lors de fashion show, ça ne m’intéresse pas du tout car je trouve que le public a un rapport différent à la musique. Ce que j’aime quand je joue au Batofar et dans d’autres lieux c’est que le public est là pour la musique. Dans les fashion show il vient avant tout pour le défilé, pour voir la nouvelle collection de telle ou telle marque etc. Le public ne vient pas pour la musique en soi.

 

Revenons à la place des femmes artistes et dj dans les musiques électroniques. Que penses-tu qu’il faille faire pour se faire une place ?

Je me démarque par ma personnalité qui reflète mes diverses origines et influences culturelles. Je sais qu’on m’apprécie pour ma sensibilité musicale (d’ailleurs, ceux qui ne me connaissent que de vue sont souvent surpris quand ils m’entendent jouer), mais aussi pour mon sérieux. Je travaille dur pour progresser et je ne baisserai jamais les bras. On a toujours plus de plaisir à travailler avec des personnes qui se montrent bosseuses et professionnelles. Comme c’est le cas dans d’autres métiers… !

Malheureusement ou heureusement le physique compte pour une femme. Il est clair que les gens auront plus de “plaisir” à voir une belle femme dj ou un bel homme même si cela n’est pas déterminant…

 

Existent-ils selon toi des freins à l’évolution de la place de celles-ci dans les musiques électroniques ? Si oui, lesquels ?

Je venais de finir mon set à une soirée. Un type est venu me voir, tout souriant, et m’a lancé « on t’a jamais dit que pour une meuf, t’envoyais du lourd ? ». Je lui ai répondu sèchement que non. Le type s’est excusé en disant que cette affirmation ne venait pas vraiment de lui, que c’était quelque chose qu’il avait déjà entendu dire autre part. J’étais choquée de constater qu’une personne puisse penser de cette manière. Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas faire plus que les hommes. Et inversement, ce n’est pas parce qu’on est un homme qu’on est forcément plus fort que les femmes !

Je trouve qu’il ne faut pas négliger l’importance des commentaires sur les réseaux sociaux. Les femmes sont toujours sujettes à des critiques. Soit elles envoient trop du lourd, soit elles ne font pas assez, soit elles sont trop sexy… Bref cela ne s’arrête jamais. Les gens profitent des réseaux sociaux pour critiquer plus facilement et gratuitement. Ils croient être anonymes, et protégés par le virtuel.

 

Que penses-tu du public des soirées techno ?

C’est un peu un mélange de tout, Je dirai que ce sont aussi bien des personnes qui découvrent la musique techno que des hommes ou des femmes avertis, avec un côté geek, qui se renseignent sur le line-up.

Pourquoi geek ? C’est important ? T’es-tu déjà posée la question de savoir quelle était ta place dans ce milieu masculin ?

Je dirais qu’en général les femmes sont moins geek que les hommes. Personnellement je ne me suis jamais posée de questions par rapport au fait d’être geek et d’être une femme. C’était un challenge d’intégrer ce milieu, je l’ai toujours vu comme ça.

Je cherche toujours à me démarcher, mais pas de la même manière qu’avant. Au début, j’allais prospecter des bars car mon but premier était de me tester devant un public. Maintenant que je sais mieux comment fonctionne le milieu, je vais surtout en soirée, sur le terrain pour rencontrer des gens. J’ai aussi une agent artistique qui me conseille et m’aide à créer de nouvelles relations. Oui, c’est difficile de se faire des contacts car, disons-le honnêtement, on est de plus en plus nombreux à vouloir faire ça. Il faut être là au bon moment.

Mais étrangement plus je démarche plus j’ai de propositions, des propositions ne venant pas forcément des gens que j’avais rencontrés à la base. Du bouche-à-oreille. Et inversement.

D’ailleurs, comment as-tu été intégrée ?

J’ai été accueillie à bras ouverts. Maintenant il y a de plus en plus de soirées qui proposent des line-up féminins sur Paris et ailleurs, c’est un avantage pour les filles qui commencent. Mais bien-sûr, il ne faut pas se cantonner que là-dedans !

D’autre part, depuis le début de l’année, je fais partie de Bliss – Б, une famille composée de DJs et de videomaker avec qui je partage les mêmes valeurs et les mêmes passions. On s’inspire mutuellement, et franchement ça me booste.

 

Quelle évolution ?

Il y a une plus grande intégration des femmes. De plus en plus de femmes font des live, produisent… Tant qu’une femme reste artiste, productrice ou dj c’est simple. C’est lorsqu’elle se lance dans l’organisation d’événement ou d’un label que ça pourrait être différent, plus compliqué.

Je travaille avec une agent artistique femme, je sais qu’elle a un côté plus maternel et est plus compréhensive sur plein de choses (un exemple à la con : quand on a nos règles !) et ça me convient. Je ne suis pas sûre qu’un homme réagirait comme cela avec moi.

L’évolution de la place des femmes artistes et dj se fait grâce aux collectifs, label et organisateurs de soirées. De plus la scène techno parisienne fleurit depuis quelques années déjà donc cela permet d’avoir encore plus d’opportunités de jouer. On sait que le public sera là.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour toi ?

Peut-être que plus tard je me lancerai dans l’organisation d’événements mais pour l’instant je me concentre essentiellement sur ma carrière, notamment la production. C’est un processus qui demande du temps et de la patience, et qui est très important à mes yeux car j’ai envie de partager mon monde musical à moi. Si j’arrive à toucher le public avec ma propre musique, je serais une artiste comblée. C’est encore un autre challenge que de se hisser dans ce milieu masculin.


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Interview : Sarah-Louise Maillet

 

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